L'anthroposophie
est un courant de pensée et de spiritualité créé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner.
Selon lui elle serait une science de l'esprit, une tentative d'étudier, d'éprouver et de
décrire des phénomènes spirituels avec la même précision et clarté avec lesquelles la
science étudie et décrit le monde physique. L'usage du terme « science » appliqué à cette
démarche a été contesté par les tenants de la méthode scientifique.
Les principes de l'anthroposophie ont été appliqués dans divers domaines, comme dans les
écoles Steiner, l'agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique.
L'anthroposophie ne doit pas être confondue avec l'anthropologie qui est l'étude empirique
de l'humanité et qui appartient au domaine des sciences humaines.
L'origine du terme « anthroposophie »
Le mot anthroposophie (de anthropos et sophia, littéralement « la sagesse de l'homme »)
n'est pas un néologisme créé par Rudolf Steiner. On en trouve déjà des traces au XVIe siècle
chez un auteur anonyme. Puis chez Thomas Vaughan en 1650 dans un livre portant pour titre : Anthroposophia
Magica. On le trouve ensuite utilisé chez Troxler (1780-1866) en 1806, chez Immanuel Hermann Fichte en
1856, chez Gideon Spicker (1872-1920) en 1872, chez le philosophe viennois Robert Zimmermann (1824-1898)
en 1882 ; c'est de ce dernier dont Steiner s'est inspiré.
Qu'est-ce que l'anthroposophie ?
Steiner postule que ce qu'il appelle l'observation et le penser seraient les deux piliers
de toute connaissance. Il propose, par une intensification conjointe aller-retour de ces
deux activités de faire l'expérience de l'essence du penser, qu'il appelle le penser pur.
De ce dernier, l'homme doit pouvoir tirer en toute autonomie le motif de ses actions et
agir alors librement. C'est ce que Rudolf Steiner a appelé « l'individualisme éthique ».
L'anthroposophie se fonde sur l'affirmation d'un dépassement possible de la vision matérialiste
de la nature et du monde en y ajoutant les niveaux suprasensibles de l'existence : processus
vitaux, âme et esprit. Selon Steiner :
«L'interprétation correcte du mot « anthroposophie » n'est pas « sagesse de l'homme »,
mais « conscience de son humanité », c'est-à-dire : éduquer sa volonté, cultiver la connaissance,
vivre le destin de son temps afin de donner à son âme une orientation de conscience, une sophia.»
L'anthroposophie cherche à développer en l'homme les forces nécessaires pour appréhender ce qui
existerait au-delà des sens : monde éthérique ou monde des forces formatrices, monde psychique ou
astral, monde spirituel. Pour Kant, l'homme ne peut pas connaître ce qui est au-delà des perceptions
sensorielles. Pour l'anthroposophie, l'homme peut développer en lui les facultés qui lui permettent
de dépasser cette limite.
Sur ce chemin, la connaissance de soi et le développement des forces morales sont présentés comme
indispensables pour éviter les « décollements » et prévenir les dérapages.
« La règle d'or est celle-ci : Quand tu
tentes de faire un pas en avant dans la connaissance des vérités occultes, avance en même
temps de trois pas dans le perfectionnement de ton caractère en direction du bien.»
Dans la conception anthroposophique du monde, «cet univers a été conçu spécialement pour que
nous y fussions placés». L'Adam Kadmon, l'archétype originel de l'être humain en descendant
dans la matière, aurait rejeté hors de lui les autres règnes de la nature, ce qui expliquerait
la parenté des processus agissant dans la nature avec ceux qui existent dans l'être humain.
L'être humain évoluerait vers la perfection à travers les réincarnations, guidé par les «anges»
du karma. Pour l'anthroposophie, le plan divin de l'évolution de la dixième hiérarchie - l'humanité -
serait sous la tutelle des hiérarchies créatrices, celles citées par «Denys l'Aréopagite» dans son
traité «De la hiérarchie céleste».
L'entité du Christ, le Logos ou Verbe, joue un rôle central dans la cosmogonie steinérienne; toutefois
l'anthroposophie ne se conçoit pas elle-même comme une religion.
En se basant sur les résultats de l'investigation spirituelle, l'anthroposophie propose dans tous les
domaines de l'existence, des applications pratiques qui se veulent en harmonie avec la nature profonde
de l'homme: éducation, médecine, thérapies artistiques, pharmacie, agriculture, économie, vie sociale,
arts, etc.
Dans ses œuvres philosophiques que sont Vérité et science et Philosophie de la liberté, Rudolf Steiner
a tenté de donner la justification théorique épistémologique de la démarche anthroposophique.
Le développement historique de l'anthroposophie: quatre phases
Première phase
En 1900, Rudolf Steiner était connu comme un spécialiste des œuvres de Nietzsche et de
Goethe. Le 22 septembre 1900, il est sollicité, par un groupe local de la Société
théosophique allemande, pour une conférence sur Nietzsche qui est mort quelques semaines
plus tôt, le 25 août 1900. Il y donnera ensuite le 29 septembre une autre conférence sur
Goethe. Par la suite, Rudolf Steiner donnera de très nombreuses conférences au sein de la
Société théosophique, et accepte d'en devenir membre le 17 janvier 1902. Il fut nommé
Secrétaire général de la nouvelle section allemande de la Société théosophique le 19
octobre 1902.
De 1902 à 1909, Rudolf Steiner travaille à l'approfondissement de la recherche sur la «science
de l'esprit» au sein de la Société théosophique, qui s'efforce de se positionner en interlocuteur
légitime face aux courants de pensée philosophiques et scientifiques de l'époque.
Deuxième phase
Travail artistique et eurythmie
Dès 1907, débute à Munich une phase où la priorité sera donnée au travail artistique; elle
durera jusqu'en 1913.
Cette période débute par la représentation en 1907 à Munich d'œuvres dramatiques, imprégnées
des principes de la science de l'esprit, telle que Les Mystères d'Éleusis et plus tard, en 1909: Les
Enfants de Lucifer, d'Édouard Schuré. Furent aussi représentés à Munich les quatre Drames-Mystères de
Steiner, en 1910 La Porte de l'initiation, en 1911, l'Épreuve de l'âme, en 1912 Le Gardien du Seuil,
en 1913 L'Éveil des âmes. C'est surtout Marie de Sivers qui rendit possible ces représentations, non
seulement par ses traductions des œuvres de Schuré, mais de par sa formation. En effet, quand, en 1902,
elle découvrit la théosophie, elle venait de terminer des études de comédienne à Saint-Pétersbourg et
à Paris.
Des artistes, comme les peintres russes Wassily Kandinsky et Alexei Jawlensky, l'écrivain russe Andreï
Biély et le poète Christian Morgenstern côtoyèrent de près l'effervescence culturelle anthroposophique
au cours de ces années.
Les premiers pas de l'eurythmie se font dès 1912, mais c'est sous l'impulsion de Marie de
Sivers qu'elle prit son essor et se développa.
Steiner donna de nombreux cours aux artistes, notamment sur l'eurythmie, sur l'art de la
parole et sur l'art dramatique.
 Construction du premier Goetheanum
Steiner avait le projet de faire construire à Munich un édifice appelé le «Johannes-Bau» qui
aurait été un lieu voué à l'activité artistique en général, notamment théâtrale, et un centre pour la
recherche, les rencontres et les conférences afin de répondre aux besoins de l'intense activité qu'il
impulsait alors, dans le cadre de la Société théosophique. Après quelques tentatives, le projet échoua
pour des raisons administratives. Une opportunité se présenta à Dornach en Suisse, près de Bâle, et
c'est là que démarra, en septembre 1913, la construction du Johannes-Bau, lequel fut ensuite rebaptisé
«Goetheanum». Des ouvriers, des architectes, des sculpteurs et peintres de multiples nationalités y
travaillèrent ensemble pendant toute la Première Guerre mondiale et ensuite jusqu'en septembre 1920,
suivant les indications de Steiner. Il sculpta lui-même le «Représentant de l'humanité», une énorme
statue en bois d'orme qui devait figurer à l'arrière-plan de la scène, à l'est de l'édifice.
Les débuts de la Société anthroposophique
À l'Assemblée générale de 1909 à Adyar, les responsables de la Société théosophique, Annie Besant et
C.W. Leadbeater, déclarèrent que Alcyone, le futur Jiddu Krishnamurti, alors âgé de 13 ans, était le
Christ réincarné. Quand les Théosophes constituèrent l'Ordre de l'Étoile d'Orient (Order of the Star
of the East), une organisation dont le futur Krishnamurti devait prendre la tête à sa majorité, la
rupture de la société anthroposophique avec la Société théosophique devint inévitable. De fait, cette
affirmation allait à l'encontre de l'enseignement de Steiner qui affirmait que l'incarnation du Christ
dans un corps humain était un événement unique dans l'histoire de l'humanité. Steiner s'étendit
longuement sur ce sujet dans ses enseignements. De plus, la propagande faite autour d'Alcyone risquait
fort de perturber le développement de la Section allemande et de compliquer ses rapports avec les
pouvoirs publics, car l'Empire allemand vivait sous le régime de non-séparation de l'Église et de
l'État. Le 8 décembre 1912, le comité de la Section allemande déclara par conséquent que l'appartenance
à l'ordre de l'Étoile d'Orient était incompatible avec la qualité de membre de la Section allemande et
pria les membres de l'ordre de se conformer à cette décision sous peine d'exclusion. Par ailleurs, le
comité demanda la démission d'Annie Besant. Il en résulta que l'Assemblée annuelle de la Société
théosophique qui se tenait à Adyar, à la demande d'Annie Besant, fit dissoudre la Section allemande,
dissolution qui ne devint effective que le 7 mars 1913. Steiner et les membres dissidents, en quelque
sorte exclus, fondèrent la Société Anthroposophique Universelle le 3 février 1913, au sein de laquelle
Steiner n'exercerait aucune fonction administrative. La plupart des 2400 membres de la Section allemande
de la Société théosophique suivirent Steiner dans son entreprise.
Troisième phase
De 1919 à 1924, l'anthroposophie étend son domaine d'application, durant cette période diverses
initiatives voient le jour:
-
Première approche d'une analyse de l'édifice social par Rudolf Steiner : Le mouvement pour
la triarticulation de l'organisme social, dans les mois qui suivirent la fin de la Première
Guerre mondiale, a tenté de promouvoir auprès des élites culturelles et politiques allemandes
des idées nouvelles pour une reconstruction de la société. Ce mouvement fut un échec politique.
Cependant l'impulsion donnée à l'époque est encore présente de nos jours (voir par exemple Nicanor
Perlas), et poursuit son chemin. Steiner exposa ses vues concernant l'organisation de la société et
l'économie sociale dans quelques cycles de conférences entre 1918 et 1924.
-
Première école Waldorf: Appliquant la pédagogie de Steiner, elle vit le jour en 1919 à
Stuttgart. Initialement c'était une école d'entreprise principalement destinée aux enfants
des ouvriers de la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria dont le directeur était Emil Molt
(1876-1936). Les écoles Waldorf sont aussi appelées Écoles Steiner. De 1919 à 1924 Steiner
donna 15 cycles de conférences, développant les bases d'une pédagogie issue de sa compréhension
spirituelle de l'être humain. Les écoles Waldorf n'enseignent cependant pas l'anthroposophie. Ce
sont les professeurs qui fondent dans l'anthroposophie et dans la conception de l'homme qu'elle
propose, leur capacité à enseigner.
-
La Communauté des Chrétiens se développe dès 1922 à Dornach avec le projet de rénover la
pratique religieuse chrétienne. De jeunes théologiens s'adressèrent au pasteur protestant
Friedrich Rittelmeyer (1872-1938), alors membre de la Société anthroposophique à Berlin. Ce
dernier se tourna alors vers Rudolf Steiner pour lui demander conseil sur la manière de
féconder le domaine cultuel religieux à partir des conceptions anthroposophiques. Steiner
accéda à cette demande et organisa deux cours à l'intention de ces théologiens à Stuttgart
et à Dornach. Rittelmeyer devint le premier recteur de ce «mouvement de rénovation
religieuse» dont le centre s'établit à Stuttgart. La Communauté des Chrétiens, bien que
reprenant les enseignements anthroposophiques, est indépendante de la Société anthroposophique.
-
La médecine, dite médecine anthroposophique, s'est développée suite à des cycles de conférences
données à une trentaine de médecins, à leur demande. Une introduction systématique à cette
orientation médicale fut rédigée dans un ouvrage que Rudolf Steiner écrivit avec Ita Wegman,
médecin hollandais (1876-1943), dont le titre est Données de base pour un élargissement de l'art
de guérir selon les connaissances de la science spirituelle. Par la suite, Ita Wegman fonda en
1921, à Arlesheim, près de Bâle, en Suisse, la première clinique anthroposophique, appelée
actuellement «Ita Wegman Klinik».
-
L'agriculture biodynamique a pris naissance en Allemagne, à la demande d'agriculteurs.
Rudolf Steiner donna un seul cycle de 8 conférences sur le sujet en juin 1924 à Koberwitz
(Silésie). Par la suite, ce sont des agriculteurs et des agronomes qui ont expérimenté et
développé cette pratique qui fut l'une des premières méthodes de ce qu'on appelle
aujourd'hui l'agriculture biologique. Elle est actuellement pratiquée dans de nombreux
domaines agricoles dans presque tous les pays du monde. Les produits cultivés selon cette
méthode peuvent recevoir le label «Demeter» délivré en France par l'association Demeter
France.
Quatrième phase
Quelques années avant sa mort, Steiner éprouva le besoin de réorganiser la Société
anthroposophique, afin de mettre un terme aux dissensions entre les groupes de membres.
Il fonda donc une nouvelle société : la «Société anthroposophique universelle» lors du
Congrès de Noël de 1923. L'«École libre de science de l'esprit» fut dès lors également
fondée en tant que nouvelle forme de cette ancienne école ésotérique, dont les activités
de l'école ésotérique avaient été suspendues pour des raisons de sécurité depuis la guerre
1914-1918. Steiner constitua un comité de direction (Vorstand) dont il prit la présidence.
Dans la société précédente, Steiner n'avait aucune fonction administrative, se considérant
uniquement comme instructeur; dans la nouvelle, il assumera également la présidence du
Vorstand et de l'École libre.
À cette époque, Steiner déploya une très grande activité malgré une santé de plus en plus
précaire. Il donna notamment de nombreux cycles de conférences sur la réincarnation et le
karma, sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. À plusieurs reprises, il dut écourter
ou remettre des conférences au dernier moment. Suite à la destruction du premier Goethéanum
dans un incendie criminel, il conçut et modela une maquette en argile du futur bâtiment qui
cette fois serait construit en béton. La maladie eut finalement raison de lui, et il décéda
le 30 mars 1925, alors que les fondations du nouveau Goethéanum étaient à peine achevées.
Steiner laissa derrière lui une somme considérable d'enseignements. Au total, il écrivit environ 30
livres et donna plus de 6000 conférences, dont une partie furent recueillies et publiées. Incluant
ses œuvres écrites, les recueils d'articles écrits dans des revues et des journaux ainsi que les
sténogrammes retranscrits des conférences publiques et privées, l'édition allemande comprend environ
370 volumes. La plupart des œuvres écrites ont été traduites en français, ainsi qu'environ 2200 conférences
à ce jour (2006).
La mort de Steiner ne signifia pas la fin des dissensions dans la Société anthroposophique. Elles
reprirent de plus belle, conduisant même à l'existence de deux sociétés après l'exclusion d'Ita Wegman
et d'Elisabeth Vreede (1879-1943) en 1934. L'impensable arriva même avec l'exclusion en 1945 de Marie
Steiner. Marie Steiner étant l'héritière légale de son époux, elle mit en chantier l'édition intégrale
des œuvres anthroposophiques. À ce jour pratiquement toute l'œuvre, y compris les documents de l'école
ésotérique, a été publiée en langue allemande du moins. Elle est d'ailleurs tombée depuis peu dans le
domaine public.
Sous le régime nazi, les écoles Waldorf et les institutions liées à l'anthroposophie furent
interdites durant 10 ans en Allemagne. Elles furent toutefois recréées en grand nombre dans
l'après-guerre, de même que dans de nombreux pays.
Le Goetheanum - la Société Anthroposophique - le mouvement anthroposophique
Le Goetheanum est le siège de la Société anthroposophique universelle et de l'École Libre
de Science de l'Esprit à Dornach, près de Bâle, en Suisse. La Société anthroposophique
promeut une vie culturelle et spirituelle libre. L'École Libre de Science de l'Esprit a
pour objet de favoriser des recherche dans le domaine spirituel. Elle est organisée en
différentes sections :
-
Section d'anthroposophie générale
-
Section médicale
-
Section des mathématiques et d'astronomie
-
Section des sciences de la nature et département d'agriculture
-
Section pédagogique
-
Section des sciences sociales
-
Section des arts plastiques
-
Section des arts de la parole et de la musique
-
Section des belles-lettres
-
Section pour la recherche spirituelle de la jeunesse
Cette dernière section consacrée à la jeunesse est en lien avec la section d'anthroposophie
générale, mais elle est ouverte à tout jeune intéressé, qu'il soit membre ou non. Rudolf
Steiner a voulu qu'une place libre soit offerte pour les jeunes afin que la Société
anthroposophique soit à l'écoute des attentes spirituelles de la jeunesse. Ainsi, lorsque
dans un pays se trouve une société anthroposophique locale, une place est aussi réservée
à la jeunesse.
L'ensemble des personnes liées aux idées anthroposophiques, sans être nécessairement membres,
forment le mouvement anthroposophique. La Société anthroposophique universelle, en tant que telle, a
en 2008 un peu plus de 50000 membres. La Société anthroposophique ne fait ni propagande, ni prosélytisme.
L'anthroposophie se fait surtout connaître indirectement par des activités au cœur de la vie publique:
bio-dynamie (labels Biodyn et Demeter), écoles Waldorf, arts, médecine, produits de soins et
thérapeutiques, ainsi que par des initiatives dans le domaine social.
Réalisations et mouvement issus de l'anthroposophie
L'anthroposophie étant définie par son fondateur comme un chemin de développement spirituel, y sont
décrits des exercices censés développer certaines facultés morales, psychiques, mentales et
spirituelles. Steiner insiste sur le fait qu'il serait aujourd'hui malsain de vouloir développer des
facultés spirituelles avant d'avoir solidement développé la pensée logique, car cela conduirait à des
illusions quand les sens spirituels s'éveilleraient.
Parallèlement à ce chemin de développement, l'anthroposophie amène bien souvent les personnes qui
s'y lient, à souhaiter introduire au sein de la vie sociale, dans les domaines où elles sont actives,
des pratiques porteuses de l'éthique spiritualiste qu'on peut y puiser.
Architecture, eurythmie et libre culture spirituelle
Le premier Goetheanum
Steiner a développé un style d'architecture «organique» pour le bâtiment du premier
Goetheanum en 1913, siège de la Société Anthroposophique Universelle et de l'École Libre de
Science de l'Esprit, à Dornach (Soleure/Suisse). Le bâtiment fut brûlé dans la nuit de la
Saint-Sylvestre 1922-23 par un incendie criminel qui détruisit d'inestimables archives;
mais de nombreux autres bâtiments dessinés par Steiner (le Glashaus, Haus Duldeck,
le Transformerhaus, etc.) ont été épargnés par l'incendie.
La construction du second Goetheanum se fit sur le même site, et débuta un peu avant que
Steiner ne meure en 1925. Il fut considéré comme l'extension organique et la métamorphose
de la construction originelle, inspirant et précursant des architectes comme Le Corbusier
(La chapelle de Ronchamp) et Eero Saarinen (aéroport international John-F.-Kennedy de 1962).
Le Goetheanum est un centre culturel qui abrite des laboratoires de recherches scientifiques (
sciences de la nature, astronomie-mathématique, agriculture, médecine), des ateliers d'enseignement
des arts (théâtre, discours, peinture, sculpture et eurythmie). C'est aussi un lieu de séminaires,
conférences et spectacles.
Avec sa femme, Marie von Sivers, il développa une nouvelle forme d'art connue en tant qu'eurythmie -
quelquefois nommée «chant visible». Cet art du mouvement est aussi employé à des fins thérapeutiques.
Des représentations sont données au Goetheanum, et dans divers théâtres à travers le monde. Il y a
maintenant plusieurs écoles d'eurythmie qui offrent une formation complète de durées variables.
En tant que sculpteur, son œuvre principale fut le Représentant de l'Humanité (1922). Cette œuvre
énorme est exposée au Goetheanum, Dornach.
En tant que dramaturge, il écrivit Les Quatre Drames-Mystères entre 1909 et 1913, incluant La Porte de
l'Initiation et L'Éveil des Âmes. Ils sont encore joués aujourd'hui.
Tripartition sociale
Steiner a aussi développé un nouveau modèle social fondé sur la tripartition (également appelé
triarticulation de l'organisation sociale). Les trois domaines indépendants de ce système sont :
la sphère économique, la sphère des droits civils et la sphère culturelle. Selon l'anthroposophie,
la vie de toute société humaine s'organise autour de trois champs (inter-opérants): la sphère
juridique (fondée sur le principe d'Égalité - la voix de chaque citoyen vaut celle de tout autre),
la sphère économique (fondée sur le principe de Fraternité - ici défini en ce sens que la nature même
de l'économie est de produire «pour les autres», que toute offre doit répondre à un besoin, et cetera)
et enfin la sphère de la Culture (fondée sur le principe de Liberté, comme essence même de tout
processus créatif).
Steiner déclarait en 1920 que si on enlève la liberté à la culture, celle-ci se vide de toute
substance, ce qui historiquement pourrait se produire de 2 manières :
1) la censure d'une dictature (exemple : le dirigisme à la soviétique), ou
2) la dictature de la rentabilité. Dans le premier cas, on soumettrait la sphère de la culture au
diktat du juridique (le principe d'égalité perverti dans le concept d'une même culture pour tous),
dans le second cas, on la soumettrait au diktat de l'économie en imposant que les critères propres
à la sphère de l'économie (la rentabilité) définissent pour l'essentiel la dynamique de la vie
culturelle.
Médecine anthroposophique
La médecine anthroposophique est une médecine alternative utilisant l'homéopathie et la
phytothérapie notamment, mais d'une manière qui lui est propre. C'est une médecine
que l'on peut qualifier de «holistique», c'est-à-dire qu'elle prendrait en compte l'être
humain dans sa globalité. La médecine anthroposophique n'exclut pas des thérapies
complémentaires, ni la médecine classique quand elle est nécessaire. Elle est exclusivement
pratiquée par des médecins.
Les remèdes nécessaires à l'exercice de la médecine anthroposophique étant très spécifiques,
des laboratoires et des équipements de recherche se sont vite avérés indispensables. C'est pourquoi en
1921, des pharmaciens et médecins se sont réunis en présence de Steiner pour créer un laboratoire
pharmaceutique, Weleda, qui fabrique et distribue des médicaments et des cosmétiques "naturels"
à travers le monde. Weleda est une entreprise autonome.
Agriculture biodynamique
En 1924, un groupe d'agriculteurs préoccupés par les tendances de l'agriculture chimique et
industrielle, en plein essor à l'époque, qu'ils jugeaient destructrice, demandèrent à Steiner qu'il
leur offre un cours impulsant de nouvelles méthodes agricoles qui auraient des visées plus saines et
en harmonie avec la nature. Ainsi furent posés les fondements de l'agriculture biodynamique.
La biodynamie est maintenant pratiquée un peu partout dans le monde.
Pédagogie
La première école appliquant la pédagogie de Steiner vit le jour en 1919 à Stuttgart. Il existe
maintenant plus de 900 écoles Waldorf (ou écoles Steiner) dans le monde : en Belgique, Pays-Bas,
France, Suisse, Autriche, Allemagne, Norvège, Suède, Royaume-Uni, Danemark, Italie, États-Unis,
Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Mexique, Brésil, Égypte, Zimbabwe, Inde etc.
Selon le Mouvement international des écoles Waldorf (écoles Steiner), le rôle de l'école est d'«accueillir
chaque enfant comme une personne unique, établir avec lui une relation de confiance réciproque et lui
permettre ainsi de découvrir, de déployer et de mettre en valeur ses capacités et ses potentialités».
En 1939, le docteur Karl König fonda le Mouvement Camphill en Écosse dans le but de fournir un lieu
propice au développement des enfants ayant de sérieux problèmes d'apprentissage. Le Mouvement
Camphill organisa des écoles pour enfants handicapés mentaux, et plus tard des communautés villageoises
pour des adultes handicapés. Ces centres de pédagogie curative et de sociothérapie s'étendirent de la
Grande-Bretagne à d'autres pays dans le monde entier, y compris la France et la Suisse. À travers le
Mouvement Camphill, le Dr König et ses collaborateurs ont élaboré une conception originale du sens de
la vie d'un être handicapé. Il en découle une pratique d'accompagnement des enfants et des adultes qui
les intègre dans une vie sociale diversifiée incluant notamment beaucoup d'activités artistiques et
culturelles.
L'anthroposophie en tant que chemin de développement spirituel
Selon l'anthroposophie, de même que pour percevoir le monde sensible il nous faut des organes des
sens, pour percevoir les mondes suprasensibles, nous aurions besoin d'organes suprasensibles. Ces
organes existeraient en germe chez tous les êtres humains, mais seraient en sommeil à notre époque.
Certains de ces organes ou «chakras» auraient été en partie actifs autrefois mais auraient été comme
anesthésiés pour les besoins de l'évolution. Il fallait, selon Steiner, que l'être humain perde
provisoirement la conscience des mondes spirituels afin de développer la conscience de soi. Seul
quelques médiums et personnes très peu développées intellectuellement auraient encore des chakras
leur permettant une perception selon le mode ancien. Cependant, par un travail sur soi, au moyen
d'exercices appropriés, ces organes de perception pourraient être développés et réactivés. La mise
en activité des chakras serait en rapport avec le développement de certaines valeurs de l'âme.
L'action directe sur les chakras serait cependant jugée dangereuse en l'absence de guides expérimentés.
Steiner ne s'étend pas tellement sur les chakras, car pour lui leur développement serait une
conséquence directe du développement moral de l'individu.
De nos jours, le stade actuel de l'évolution de l'humanité exigerait que les enseignements
anthroposophiques soient mis à la disposition de tous, alors qu'autrefois les contenus ésotériques
n'étaient divulgués qu'aux disciples de certaines sociétés secrètes.
Steiner ajoute que ces exercices seraient appropriés à l'état de conscience de notre époque
et qu'ils seraient inoffensifs si les conseils qu'il donne dans ses ouvrages de base sur le
sujet sont suivis scrupuleusement.
L’organisation spirituelle, psychique et physique de l’être humain selon l'anthroposophie
Selon le point de vue envisagé, Steiner propose diverses approches de la nature humaine, ce qui se
traduit selon les cas par une subdivision en neuf, sept, quatre ou trois constituants:
En neuf: physique, éthérique, astral, âme de sensibilité, âme d'entendement, âme de conscience, Soi spirituel (manas), Esprit de vie (bouddhi), Homme-Esprit (atma).
En sept: physique, éthérique, astral, Moi, Soi spirituel (manas), Esprit de vie (bouddhi), Homme-Esprit (atma).
En quatre, puisque les corps supérieurs ne sont pas encore entièrement développés : physique, éthérique, astral, Moi (le Moi contenant en lui le germe de la triade spirituelle).
En trois: corps, âme et esprit.
1. Le corps physique
C'est le seul que la science traditionnelle reconnaisse.
2. Le corps éthérique
Steiner l'appelle aussi corps vital ou corps de forces formatrices. Il s'agirait davantage
d'un champ de forces que d'un corps. Il présiderait au développement du corps physique
jusqu'à sa taille adulte et ensuite il dirigerait les processus qui maintiennent sa forme.
C'est lui qui ferait du corps physique un corps vivant. Les plantes et les animaux auraient
également un corps éthérique.
3. Le corps astral
Cette dénomination ancienne a été conservée par Steiner du fait qu'elle était d'usage
courant en ésotérisme, mais il l'appelle aussi corps psychique, corps de conscience,
parfois corps des désirs ou corps animique. Ce corps n'épouserait pas les formes des corps
physique ou éthérique. Il affecterait une forme ovoïde parcourue par des courants de forces
psychiques apparaissant lumineuses et très colorées à la «perception clairvoyante». Dans la
littérature ésotérique, on en parle souvent comme de l'aura.
4. Le « Moi » ou le « Je »
Le Moi est considéré comme l'entité supérieure immortelle de l'homme, destinée à se
déployer et se structurer sous la forme de ce que l'anthroposophie appelle «la triade
spirituelle». Le Moi est censé agir dans l'âme et susciter ainsi l'être conscient.
5. L'âme
Dans la structure ternaire anthroposophique de l'être humain: Esprit - âme - corps, on appelle «corps»
l'ensemble constitué du corps physique, du corps éthérique, et de la partie inférieure du corps astral.
Le terme âme, sous-entendant ses trois aspects appelés âme de sensation, âme d'entendement et âme de
conscience, désigne la partie supérieure du corps astral, tandis que le terme esprit désigne le moi,
incluant le germe de la triade spirituelle. L'âme de sensibilité serait particulièrement unie au corps
astral. Le corps astral est censé rendre conscientes les impressions transmises par les organes
sensoriels, mais ce serait dans l'âme de sensation que le Moi peut revivre les souvenirs, les
représentations de ce qui a été perçu. L'expérience intérieure se déroule dans l'âme de sensation.
Dans l'âme d'entendement, le Moi élabore ce qu'il reçoit. Il éclaire et élabore par la pensée ce qui
vit dans l'âme de sensation. Grâce à cette partie de l'âme le Moi peut porter des jugements. C'est au
sein de l'âme d'entendement que l'homme s'éveille à lui-même, qu'il saisit son Moi. Toutefois, précise
Steiner, la pleine conscience de son Moi, il ne peut l'acquérir que dans l'âme de conscience. Ce n'est
qu'à ce moment que la connaissance véritable de soi et du monde peuvent devenir objective et que le
Moi peut élargir progressivement sa conscience au suprasensible.
6. Les corps supérieurs
Le disciple qui suit un chemin spirituel, anticipe par le travail qu'il fait sur lui-même, des stades
de conscience qui ne deviendraient l'apanage naturel de l'humanité que dans le futur.
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Le travail du Moi sur le corps astral, en le métamorphosant, donnerait naissance au Soi
spirituel.
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Le travail du Moi sur le corps éthérique (ou vital), en le métamorphosant donnerait naissance à l'Esprit de vie.
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Le travail du Moi sur le corps physique, en le métamorphosant, donnerait naissance à l'Homme-Esprit.
Cosmologie et anthropologie anthroposophique
Les stades de développement de la Terre
Pour Steiner, notre Terre est la manifestation de l'activité d'êtres spirituels, êtres
humains compris. Ces derniers et les êtres humains évolueraient parallèlement tandis que
la Terre passerait par des incarnations successives dans des substances de plus en plus
denses, selon un rythme septénaire. Vers le milieu l'évolution terrestre, le processus
s'inverserait grâce à l'impusion cosmique du Logos et la Terre repasserait par des états
de plus en plus subtils. Notre Terre serait actuellement au 172e stade sur les 343 (7x7x7)
que comporte toute l'évolution terrestre.
L'entité christique
Selon Steiner, l'anthroposophie n'est pas une religion mais elle cherche à élucider le
contenu des diverses religions. Dans le christianisme, par exemple, ce n'est pas le message
religieux qui serait le plus important, mais l'action objective du Christ, considéré comme
«l'esprit guide de la terre». D'un point de vue social, le renforcement de l'ego conduirait
au chaos, à la «guerre de tous contre tous». Pour éviter cela, l'entité christique pourrait
imprégner les êtres humains de la force d'amour, ce qui leur permettrait de vivre ensemble
en harmonie.
L'incarnation du principe christique
Selon l'anthroposophie, l'incarnation du Logos ou Verbe en Jésus aurait eu lieu lors du
baptême par Jean-Baptiste dans le Jourdain.
Steiner considère l'incarnation de ce Logos dans un corps physique comme un fait de la
plus haute importance pour l'évolution humaine. Alors que les théosophes minimisaient ce
rôle en faisant du Christ un avatar, un initié, voire un prophète ordinaire, Steiner voit
dans le Christ une incarnation unique de la divinité, rendue nécessaire par le cours de
l'évolution. Son rôle cosmique serait d'amorcer et d'accompagner la spiritualisation de la
Terre. Il en déduisit que l'impulsion christique est un fait objectif qui transcende toutes
les religions. Selon Steiner, les premiers chrétiens ont saisi toute la portée de cet
événement, mais cette compréhension commença à se perdre à partir du IVe siècle. Les
schismes au sein du christianisme sont la signature de la perte de cette compréhension.
À cet époque s'amorça le déploiement de l'intellect dans l'âme humaine, ce qui en
contrepartie fit disparaître l'ancienne sagesse instinctive. En perdant cette sagesse,
l'être humain gagne en liberté et devient de plus en plus capable de retrouver de manière
consciente le lien avec le monde spirituel.
Steiner enseigne que la venue du Christ dans un corps physique, il y a deux mille ans, ne
serait que la partie visible d'un processus cosmique qui aurait commencé bien avant cette
incarnation sur la Terre. Steiner prédisait qu'à partir de 1930-1940, de plus en plus
d'êtres humains seraient en mesure de prendre conscience par clairvoyance de la présence
du Logos dans le monde éthérique.
Les entités dites «adverses»
Steiner enseigne l'existence de plusieurs catégories d'entités adverses. Ce sont des entités
spirituelles qui seraient restées à des stades antérieurs de l'évolution pour amener dans notre
évolution actuelle des conditions propres à ces anciens stades. Lucifer et Ahriman sont les
représentants de deux tendances opposées intervenant dans le développement de l'humanité. Les
forces lucifériennes auraient une action expansives, centrifuges, dilatoires, dissolvantes et
calorique, tandis que les forces ahrimaniennes auraient une action contractante, durcissante,
centripète et refroidissante. Selon cette vision, dans l'organisme humain, les forces lucifériennes
auraient un certain rapport avec les maladies de type inflammatoire, microbienne, tandis que les
forces ahrimaniennes seraient liées aux maladies sclérosantes, paralysantes et virales. La santé
résulterait ainsi de l'équilibre dynamique entre ces deux tendances.
 L'incarnation d'Ahriman
Pour Steiner, un retour du Christ dans une incarnation humaine est impossible. Les écoles ésotériques
qui annoncent un futur retour du Christ, ne feraient que préparer les conditions de la venue d'une
entité adverse, laquelle se ferait passer pour le Christ réincarné, un peu comme dans le Court récit
sur l'Antéchrist du philosophe russe Vladimir Soloviev. Cette entité, Steiner l'appelle Ahriman, un
autre nom pour Satan. Selon lui Ahriman s'incarnerait au début du IIIe millénaire.
Ère du Verseau
Steiner déclare que l'humanité est dans l'ère des Poissons depuis 1413, et qu'elle n'entrera
dans l'ère du Verseau que 2160 ans plus tard soit en 3573.
Réincarnation et karma
Pour Steiner, au stade actuel l'homme ne serait ni tout à fait libre, ni déterminé; il se trouverait
sur le chemin qui mène à la liberté. Progressant d'incarnation en incarnation, l'être humain
développerait les facultés et le savoir qui lui permettraient d'aborder son environnement et sa
destinée avec une maturité croissante. Un esprit qui se détermine lui-même, en toute lucidité sur ses
motivations profondes, est un esprit libre.
Dans la perspective anthroposophique, l'esprit est l'élément éternel qui voyage d'une incarnation à
l'autre. Les corps sont renouvelés à chaque incarnation. Le karma est défini comme le lien qui
rattache un être aux conséquences de ses actions. L'esprit humain suit une évolution ascendante.
Lorsque l'être humain psycho-spirituel, après la mort, s'est débarrassé de ce qui le rattachait à la
terre, l'esprit s'élève dans les mondes spirituels aussi haut que lui permet son degré d'évolution.
L'esprit humain n'est pas inactif dans les mondes spirituels; en collaborant avec les entités
spirituelles, il prépare sa prochaine incarnation. Quand il est prêt et que les conditions terrestres
sont adéquates, le processus s'inverse et l'esprit humain redescend vers la terre.
Sommeil et après-vie
Selon la conception de Steiner, au cours du sommeil, le corps physique resterait imprégné de
l’éthérique (qui le maintient en vie), mais l’astral (l’âme) et le moi (je) s'en sépareraient. En
revanche, au moment de la mort, le corps éthérique, le corps astral et le moi quitteraient
définitivement le corps physique.
A partir du moment de la mort, l’individu revivrait toutes ses nuits de sommeil, soit un tiers de la
durée totale de sa vie. Il retrouverait aussi ses proches décédés avant lui. Il ne pourrait que
contempler le spectacle de ses actions – tel que le conçoit Aristote -, impuissant parce qu’il ne peut
plus rien y changer, ce qui l’attristerait au plus haut point. Plus l’individu aurait eu un comportement
moral, plus il serait entouré et en bonne compagnie. Après avoir traversé, la sphère lunaire, la
sphère de Mercure et celle de Vénus, il poursuivrait son ascension à travers les sphères, solaire, de
Mars, de Jupiter et de Saturne qui correspondraient à des niveaux spirituels de plus en plus élevés.
Au fur et à mesure de son ascension à travers les sphères spirituelles, l'individu se dépouillerait
successivement de ses corps éthérique et astral. Par la suite le processus s'inverserait et
l'individualité se reconstruirait des corps au fur et à mesure de sa descente vers une nouvelle
incarnation terrestre.
Homme et femme
Dans l'image de l'homme selon l'anthroposophie, il n'existerait pas deux sortes d'humains
mais une seule: tout être humain serait en réalité masculin-féminin. Plutôt que de parler
d'homme et de femme, il faudrait donc parler de nature masculine et de nature féminine.
La femme possèderait un corps physique de nature féminine mais son corps éthérique serait
de nature masculine. L'homme par contre possèderait un corps physique de nature masculine
et son corps éthérique serait de nature féminine. Ce qui est extérieur chez l'un vivrait
intérieurement chez l'autre, et inversement, ce qui expliquerait notamment l'attraction
entre les sexes. Quant à l'âme et au moi, ils ne seraient pas sexués. Le moi éternel
s'incarnerait soit en homme soit en femme, en général alternativement, sauf exceptions et
nécessités liées au karma. Une incarnation en tant qu'homme n'apporterait pas les mêmes
expériences qu'une incarnation en tant que femme. L’homme serait plus incrusté dans la
matière, davantage conduit par le cerveau et l’intellect. À l’inverse, la femme serait
moins profondément incarnée. Elle resterait plus proche de l’intériorité de sa psyché,
de son âme, de son monde intérieur. Selon cette vision, une vie d’homme serait la cause
d’une réincarnation en femme et vice versa.
Durée entre les incarnations
Les êtres humains étant très dissemblables, la durée typique entre les incarnations
(environ 1000 ans) serait susceptible de variations considérables. Par exemple,
les personnalités très liées à une conception matérialiste de la vie, ou fortement marquées
par l’intellectualité, auraient du mal à évoluer dans les mondes supérieurs et se
réincarneraient de ce fait plus rapidement; les individus morts prématurément se
réincarneraient d'autant plus rapidement qu'ils sont morts plus jeunes.
La redescente sur terre
Peu de temps avant la naissance, l’individu verrait le germe de son corps physique se lier
à l'organisme de la future mère. Après la troisième semaine de développement fœtal, le Moi
s'engagerait activement dans le processus de formation du corps, lui donnerait sa forme et
commencerait à s’y incarner. Durant les sept premières années après la naissance, l'enfant
édifierait son corps éthérique, plus ou moins jusqu'au changement de dentition. À partir de
ce moment, une bonne partie des forces formatrices éthériques seraient libérées et
disponibles pour l'activité représentative. Entre la douzième et la seizième année à
l'époque de la puberté, le corps astral se séparerait de l'enveloppe astrale qui le
construisait. Le Moi par contre ne s'incarnerait complètement que vers l'âge de 20 ou 21 ans.
Controverses
Accusations de racisme
Des accusations de racisme, se fondant sur certains écrits de Steiner, ont été formulées
contre l'anthroposophie aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Allemagne et en France.
Aux Pays-Bas, la Société anthroposophique a répliqué en mandatant une commission d'enquête
chargée de soupeser les allégations de racisme dans l'œuvre de Steiner. Le 1er avril 2000,
après quatre ans de délibérations, un rapport de 720 pages a été produit à partir de 245
citations litigieuses tirées de 89 000 pages. La commission a conclu que: «l'œuvre ne
contient ni doctrine raciale, ni déclarations faites dans le but d'insulter certains
groupes de personnes». Elle pose Steiner comme un ennemi de l'antisémitisme et du
nationalisme. Il reste toutefois seize déclarations jugées discriminatoires et juridiquement
litigieuses. La commission a donc proposé quelques solutions, telles que l'annotation des
passages litigieux afin d'éviter le risque de malentendu et a recommandé aux écoles Waldorf
d'abandonner les stéréotypes raciaux. Au sein de la fédération des écoles Waldorf, un groupe d'experts
aurait été mis sur pied afin de veiller à ces corrections.
Au sujet des écrits de Steiner: Ce dernier était issu de la théosophie qui soutenait l'existence de
«Races-Mères ou Races-Racines» et de «sous-races». Les Races-Racines seraient: Hyperboréenne,
Lémurienne, Atlantéenne et Post-Atlantéenne. Nous serions l'humanité de la Race-Racine Post-Atlantéenne.
Durant la civilisation de l'Atlantide, l'être humain aurait généré une pluralité de races, d'abord
quatre grandes races (noire, rouge, jaune, blanche) ainsi que quelques variantes plus tardives.
Steiner a rapidement abandonné la notion de race pour parler plutôt de «périodes culturelles». La race
est une réalité appartenant à l'Atlantide.] Depuis le Déluge qui aurait mis fin à l'Atlantide, les
races auraient perdu leur importance. Notons que Steiner lors d'une conférence où il parlait des
couleurs, fait correspondre les différentes couleurs de peau (qui correspondent à une physiologie
particulière) aux quatre grandes périodes du développement biographique d'un homme: les Noirs seraient
l'enfance, les Jaunes l'adolescence, les Blancs l'âge mûr et les Peaux-rouges la vieillesse. Or, tous
les âges ont leur propre dignité dans cette perspective et seraient en fait de valeur égale.
Steiner parlait toutefois de races «dégénérées». Mais dans cette vision, l'hérédité ne s'applique
qu'au corps; l'esprit étant d'origine spirituelle, il est perçu comme totalement indépendant de
l'hérédité. Il demeure que Steiner semblait d'avis que certaines races étaient vouées à l'extinction,
parce qu'elles seraient adaptées à une période révolue du développement terrestre. Ce processus de
mort d'une race serait la cause des maladies qui ont ravagé les populations indiennes d'Amérique par
exemple. Mais Steiner n'a jamais justifié de cette manière l'extermination des Indiens d'Amérique
comme on l'a parfois prétendu. Steiner affirme que dans un lointain futur, l'humanité transcenderait
la notion de race et que celle-ci disparaîtrait par elle-même. L'esprit humain serait, en vertu de la
réincarnation, libre de s'incarner dans différentes races. Un individu trop attaché à la matière, un
raciste par exemple, retomberait dans son animalité et s'emprisonnerait dans sa race. Il se
réincarnerait toujours dans la même, ou dans la race qu'il aurait haï. Steiner aurait dit que
lorsqu'on observe un individu d'une autre couleur de peau avec un mépris raciste, on pourrait être sûr
que notre future incarnation serait dans cette race.
En France, ces accusations de racisme ont été reprises par certains militants anti-sectes. Selon Paul
Ariès, la MILS considère certaines allégations des écrits de Steiner comme étant «susceptibles d'être
interprétées comme racistes et qu'exposées publiquement aujourd'hui, ces opinions pourraient faire
l'objet de procédures judiciaires. Il ne prônerait pas toutefois un racisme biologique mais une vision
inégalitaire et hiérarchisée du cosmos. Selon Ariès, ce serait le groupe GEMPPI qui est responsable
d'avoir débusqué «les croyances et les doctrines racistes de Rudolf Steiner». Cependant l'étude
produite par le GEMPPI affirme que les rares allégations de racisme relevées dans des écoles Steiner-
Waldorf sont peu significatives et «sont même contraires aux comportements de beaucoup d'éducateurs
des écoles Waldorf, notamment dans les townships d'Afrique du Sud ou à Milwaukee»
Autres controverses concernant l'anthroposophie
En France, Le rapport parlementaire français sur les sectes et l'argent de 1999, sous la
direction de Jacques Guyard, mets en cause l'anthroposophie. Plusieurs associations du
mouvement anthroposophique ont portés plainte contre Jacques Guyard et il fut condamné en
première instance pour diffamation. Il a été relaxé en appel. La Cour d'appel a en effet
jugé que les propos en question étaient bien «diffamatoires» mais a relaxé Jacques Guyard
en raison de sa «bonne foi», et parce que «Le juge n'est pas lié par les conclusions d'une
Commission d'enquête et ne peut donc pas se prononcer sur la qualité des investigations
menées par l'enquêteur». Par ailleurs la Cour a aussi relevé que l'anthroposophie inspirerait
un mouvement «considéré comme une secte non seulement par la commission d'enquête française,
mais aussi par une commission d'enquête belge, un rapport des Renseignements généraux de 1997
et les spécialistes du mouvement sectaire».
En février 2001, le directeur du journal Le Figaro a été condamné pour diffamation par le
tribunal correctionnel de Paris. Il a dû verser une amende de 15000 F, 7500 F au titre des
frais et 1 F de dommages et intérêts. C'est le Mercure fédéral, la fédération des associations
médicales anthroposophiques de France, qui a intenté la poursuite judiciaire pour dénoncer un
article paru le 13 juin 2000 affirmant que « l'anthroposophie… aurait gagné son procès contre
Jacques Guyard, président de la Commission parlementaire d'enquête sur les sectes et l'argent,
grâce à l'appui de la scientologie».
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